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    Du bon usage des antimicrobiens

    “Si nous ne mettons pas en oeuvre le bon usage des antibiotiques, nous allons droit à l’échec.”

    Ramanan Laxminarayan (Directeur du Center for Disease Dynamics, Economics and Policy)

     

    L’objectif d’un programme de mise en place du bon usage des antibiotiques consiste à donner à un patient le bon antibiotique au bon moment, à la dose appropriée et selon la voie d’administration qui convient, provoquant ainsi le moins d’effets nocifs possibles au patient et aux futurs patients. Concrètement, il s’agit d’une approche multidisciplinaire dont la finalité est de veiller à ce que les patients bénéficient des antibiothérapies les plus efficaces tout en limitant les effets secondaires et les coûts des traitements inutiles.

    Pour que les programmes de mise en place du bon usage des antibiotiques donnent des résultats satisfaisants, il est nécessaire que les professionnels de santé interagissent en permanence et rapidement à tous les niveaux, notamment les médecins, les infectiologues, les praticiens chargés de la prévention des infections, le personnel infirmier, les pharmaciens, les microbiologistes, les anatomopathologistes, les directeurs de laboratoire et les administrateurs des services de santé.

    Les éléments suivants font partie des aspects essentiels des programmes de bon usage des antimicrobiens :

    • la mise en œuvre de recommandations nationales et internationales et de protocoles cliniques pour le diagnostic et le traitement des maladies infectieuses ;
    • l’absence d’utilisation d’antibiotiques lorsqu’ils ne sont pas nécessaires ou non indiqués ;
    • la prescription de l’antibiotique le plus approprié, à la dose adaptée en fonction du type et du site de l’infection, ainsi qu’âge, poids et situation clinique du patient ;
    • le remplacement de la forme parentérale des antibiotiques par la forme orale dès que possible ;
    • le passage dans les meilleurs délais au spectre antimicrobien le plus étroit possible en fonction de la sensibilité du micro-organisme ;
    • le recours à des traitements antibiotiques les plus courts possibles et l’arrêt des traitements au plus tôt.

     

    L’utilisation inappropriée des antibiotiques est le principal facteur conduisant à l’émergence de la résistance aux antibiotiques, tant chez l’homme que chez l’animal. Les données disponibles font apparaître une corrélation entre l'utilisation d'antibiotiques et les taux de résistance dans un pays donné.(54) Même si l’on ne dispose toujours pas de données fiables et précises pour la plupart des régions du monde, il est indéniable que la résistance représente un problème pour les nations émergentes autant que pour les pays développés. Les contacts entre les populations via le tourisme et les mouvements migratoires conduisent à une propagation des microbes et leurs gènes de résistance aux antibiotiques dans le monde, d’où la nécessité de coordonner nos efforts à l’échelle planétaire.(55)

    D’après un rapport intitulé « The State of the World’s Antibiotics 2015 » publié par le Center for Disease Dynamics, Economics & Policy (CDDEP), jusqu’à présent les chercheurs ont été encouragés à travailler sur le développement de nouveaux antibiotiques, mais pas suffisamment à la conservation de l'efficacité de notre arsenal antibiotique existant. L’instauration du bon usage des antibiotiques à l’échelle mondiale devrait non seulement permettre de conserver l’efficacité des antibiotiques actuels, mais également de retrouver une partie de l’efficacité des antibiotiques perdue suite à des mutations bactériennes.

    Selon Ramanan Laxminarayan, co-auteur du rapport et directeur du CDDEP, 80 % de nos ressources mondiales destinées à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens devraient être affectés à la promotion du bon usage de ces traitements, tandis que 20 % au maximum devraient être affectés au développement de nouveaux antibiotiques. En effet, quel que soit le nombre de nouveaux antibiotiques développés, tous conduiront à l'émergence de mutants résistants si nous continuons à mal les utiliser.

    -> Voir Surconsommation et mauvais usage des antibiotiques

    En 2017, l’OMS a mis à jour sa « Liste modèle des médicaments essentiels » avec, notamment, de nouvelles recommandations concernant les antibiotiques à utiliser contre les infections courantes et ceux à réserver pour les situations les plus graves. De nombreux pays utilisent cette liste pour mettre à disposition les antibiotiques les plus adaptés et guider les décisions médicales. Les experts de l’OMS ont regroupé les antibiotiques utilisés pour traiter 21 infections figurant parmi les plus courantes en trois catégories : les antibiotiques auxquels l’ACCÈS est indispensable (groupe « ACCESS »), ceux à utiliser avec PRÉCAUTION (groupe « WATCH ») et ceux à utiliser en DERNIER RECOURS (groupe « RESERVE »).

    Les professionnels de santé ont un rôle déterminant à jouer dans le bon usage des antibiotiques afin d'endiguer l’émergence de la résistance à ces traitements. Parallèlement aux programmes de mise en œuvre du bon usage des antimicrobiens, l’usage de tests de diagnostic rapides et à forte valeur médicale permet de prendre les décisions médicales de suspendre, réduire le spectre des antibiotiques ou les arrêter plus rapidement. Les programmes d’implémentation du bon usage des antibiotiqyes incitent à prescrire les antibiotiques de manière rationnelle et rappellent aux professionnels de santé – et à leurs patients – les conséquences d’une utilisation excessive ou inappropriée des antibiotiques. En réalité, nous avons tous besoin de modifier notre perception des antibiotiques et de les considérer comme une ressource commune non renouvelable à préserver.

     

    L’approche optimale pour la mise en place du bon usage des antibiotiques reste aléatoire et peut varier significativement d’un lieu à un autre, mais toute une série d’études et de publications réalisées dans des contextes de soins différents ont mis en évidence l’impact positif de ces programmes pour limiter la résistance aux antibiotiques.(62)

    Le centre américain de recherche et de politiques sur les maladies infectieuses (CIDRAP) fournit des informations et des ressources pédagogiques sur le bon usage, les travaux de recherche et les politiques en matière d’antibiotiques.

    Pouvoir disposer de directives précises et d’une information pertinente est primordial pour les programmes d’utilisation raisonnée des antibiotiques.

     

    Ainsi, aux Etats-Unis, l’Infectious Diseases Society of America et l’American Thoracic Society ont réduit la durée des traitements antibiotiques dans leurs recommandations pour deux infections liées aux soins parmi les plus répandues : la pneumonie acquise sous ventilation et la pneumonie acquise à l’hôpital. En limitant la durée du traitement antibiotique, il est en effet possible de réduire le risque de voir émerger une résistance, tout en conservant l’efficacité du traitement. Les nouvelles directives recommandent aux hôpitaux d’avoir recours à l’antibiogramme pour déterminer quel antibiotique sera le plus adapté.

     

    Un panel d’experts de l’OMS tient à jour une liste d’antibiotiques considérés comme les plus importants pour la médecine humaine(85). Ce classement a pour but d’orienter les pratiques en matière d’utilisation raisonnée des antibiotiques, notamment dans l’agriculture.

     

    • La détermination d’un objectif/d’une vision partagés par l’ensemble des parties prenantes et qui fasse prendre conscience de l’urgence de la situation. Le bon usage des antibiotiques  doit être une priorité en matière de sécurité des patients.
    • Le support de la direction, avec les ressources humaines et le budget appropriés.
    • La constitution d’une équipe interdisciplinaire dirigée par un clinicien influent
    • La mise en place de structures de communication efficaces au sein de l’hôpital.
    • L’instauration de premières interventions sur le bon usage des antimicrobiens bien définies et prouvées et adaptées aux besoins locaux, à la situation géographique et aux ressources, avec mise en place  d’indicateurs mesurés  visant à montrer leur impact.
    • La sensibilisation de tout le personnel soignant à l’importance du bon usage des antimicrobiens en milieu hospitalier, en veillant à mettre à leur disposition des outils pour leur permettre d’agir et d’aider les autres.
    • L’obtention rapide ou à court terme de succès, qu’il convient de consolider, tout en poursuivant la mise en place de nouvelles mesures.

     

    Source : “Practical Guide to Antimicrobial Stewardship in Hospitals”(63)

    Clostridium difficile : un effet secondaire mortel

    Lorsqu’une personne prend des antibiotiques, les « bonnes bactéries » présentes dans son microbiome, qui apportent une certaine protection contre les infections, peuvent être détruites. À ce moment-là, si cette personne entre en contact avec Clostridium difficile (aussi connue sous le nom de « C. difficile » ou « C. diff »), elle peut développer une diarrhée potentiellement mortelle appelée « infection à C. difficile » (ICD). Les personnes sous antibiotiques qui sont le plus à risque sont les personnes âgées, tant dans les hôpitaux de courts séjours que dans les établissements de long séjour, les patients dans les unités de soins intensifs et les personnes dont le système immunitaire est affaibli. En 2011, un demi-million d’Américains ont contracté une ICD et d’après les estimations des CDC, 15 000 d’entre eux en sont morts.(67)

    Les solutions de bioMérieux pour la prise en charge de C. difficile

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