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    Un mouvement d’ampleur mondiale

    Un mouvement d’ampleur mondiale

    À travers le monde, les décideurs prennent de plus en plus conscience des conséquences considérables de l’inaction vis-à-vis de la résistance aux antibiotiques, que ce soit au niveau de la santé publique, de la sécurité alimentaire et sanitaire des aliments, de l’environnement ou aux niveaux économique et politique. Ce qui est en jeu va au-delà de la prise en charge des maladies infectieuses, puisque la médecine moderne et la production alimentaire reposent sur des antibiotiques efficaces dans le monde entier.

    Dans sa publication de 2001 Global Strategy for Containment of Antimicrobial Resistance, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a constaté que la résistance aux antibiotiques n’était plus une prévision, mais était devenue une réalité dans toutes les régions du monde, constituant une menace des plus importantes pour la santé publique.

    En 2014, la réunion commune qui s’est tenue entre les ministres des sciences et les académies nationales des sciences du G8 a été axée sur « la résistance aux antimicrobiens : un problème majeur de sécurité sanitaire du vingt-et-unième siècle ». Le groupe a également attiré l’attention sur la nécessité d’adopter une approche intégrant à la fois les sciences sociales et humaines, ainsi que les sciences de la vie et de l’environnement pour s’y attaquer.(12)

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    En Chine, les autorités de santé publique ont instauré en 2009 un système national relatif aux médicaments essentiels (National Essential Medicine System), dans un premier temps pour les établissements publics de soins de santé de première intention, avec l’intention de l’étendre ensuite au secteur privé et aux  hôpitaux. En 2010, un programme relatif au bon usage des antibiotiques a été lancé dans les hôpitaux spécialisés du pays tout entier. Ces deux initiatives ont permis de rationaliser l’usage des antibiotiques,(13),(14) même si la prescription abusive reste fréquente.(15)

    En Inde, une politique nationale visant à endiguer la résistance aux antibiotiques a été adoptée en 2011, mais a été mise en attente car ses principales recommandations se sont avérées difficiles à mettre en œuvre en raison de la croissance de la population, de la facilité d’accès aux antibiotiques et du fait que l’on considérait que les antibiotiques étaient meilleurs marchés que les tests de microbiologie.(16) En 2012, des experts indiens ont rédigé la Déclaration de Chennai, une feuille de route pour faire face au problème de la résistance aux antimicrobiens en Inde, ce qui pourrait servir de source d’inspiration pour les pays émergents et les pays en développement à travers le monde.(17) Selon cette Déclaration, il est recommandé d'élaborer une politique nationale, applicable en pratique, sur l’utilisation des antibiotiques, de réglementer les antibiotiques en vente libre, de surveiller l’usage des antibiotiques en milieu hospitalier, d’améliorer l’équipement des laboratoires de microbiologie et d’instaurer un système général de surveillance de la résistance aux antimicrobiens au niveau national.(18) En conséquence, l’Inde a interdit la vente libre d’antibiotiques en mars 2014.

    La situation en Afrique

    On estime qu’en Afrique, la résistance aux antimicrobiens pourrait entraîner le décès de 4,15 millions de personnes par an d’ici à 2050(92). À l’heure actuelle, dans certaines zones de la région, pas moins de 80 % des infections à Staphylococcus aureus seraient résistantes à la méthicilline (SARM) (06) et on constate une augmentation de la fréquence de la tuberculose multirésistante (TB-MR), notamment en Afrique de l’Ouest(93). De nombreux pays de la région ne disposent pas des ressources nécessaires pour suivre efficacement la résistance aux antibiotiques et les données de surveillance sont donc limitées. Cependant, quelques pays ont commencé à appliquer des politiques visant à stopper l’augmentation de la résistance à ces traitements au niveau national. Par exemple, en 2014, l’Afrique du Sud a lancé un programme stratégique pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens (Antimicrobial Resistance National Strategy Framework 2014-2024). Elle a été suivie en 2016 par le Zimbabwe qui a adopté un plan d'action national sur la résistance aux antimicrobiens associant les ministères de l’Agriculture, de la Santé et de l’Environnement du pays."

    En 2014, devant la préoccupation croissante de la communauté internationale vis-à-vis de l’augmentation des infections pharmacorésistantes, le Premier Ministre britannique David Cameron a chargé Jim O’Neill, un économiste de renom, de réaliser un état des lieux de la résistance aux antimicrobiens(10). Son rapport final a recommandé un ensemble de mesures à adopter au niveau international pour contrer cette menace grandissante. Ce travail a donné lieu à la publication de rapports soulignant les coûts humains et économiques très lourds qui seraient en jeu si les taux de résistance aux antibiotiques atteignaient 100 % au cours des 15 prochaines années – un scénario-catastrophe. D’ici à 2050, cela entraînerait une perte de 100 billions de dollards pour le PIB mondial. Bien entendu, ces estimations impressionnantes reposent sur l’hypothèse la plus pessimiste. Il n’en reste pas moins qu’elles ne comprennent pas les conséquences indirectes, telles qu’une élévation des coûts des soins de santé et l'éventualité que certaines des approches médicales couramment utilisées actuellement, comme les accouchements par césarienne ou la chimiothérapie dans le traitement du cancer, pourraient devenir beaucoup plus aléatoires.(10)

    En 2014, le Président des États-Unis, Barack Obama, a déclaré que combattre les bactéries résistantes aux antibiotiques représentait une priorité nationale en matière de sécurité. Il a adopté une stratégie nationale appelée CARB (pour Combat Antibiotic-Resistant Bacteria) dans le but de mieux protéger nos enfants et petits-enfants contre la réapparition de maladies et d’infections qui ont disparu il y a des décennies, et a mis sur pied un groupe spécial dédié à la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques (Task Force for Combating Antibiotic-Resistant Bacteria).(19) Plus tard cette année-là, il a proposé d’investir 1,2 milliard de dollars dans le budget fédéral américain 2016 pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, une décision historique.(20)

    2016 a marqué un tournant décisif dans la réponse internationale contre la résistance bactérienne. Les 193 états membres des Nations Unies se sont unanimement mis d’accord pour combattre la prolifération des infections à bactérie résistante. L’Assemblée Générale qui s’est tenue sur ce sujet était seulement le 4ème sommet dans l’histoire des Nations Unies portant sur un sujet de santé publique, mettant ainsi en évidence l’urgence face à cette problématique. En adoptant une approche « Une seule santé – One Health », la déclaration parue à l’issue de cette réunion a défini les principales mesures à mettre en place par les pays, et a souligné l’importance d’une action coordonnée entre l’Organisation Mondiale de la Santé, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).(73)

    La Commission Européenne (CE) a également un rôle moteur dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques depuis plusieurs années. La CE a publié plusieurs rapports et s’est fortement engagée sur le sujet. Elle encourage et finance aussi des programmes de recherche et des initiatives de santé publique. En juin 2017, elle a publié son Plan d’action européen fondé sur le principe « Une seule santé » pour combattre la résistance aux antimicrobiens(100). Le programme JPI AMR(101), une plate-forme collaborative internationale unique, pour coordonner les financements nationaux et soutenir les recherches poursuivant une approche « Une seule santé – One Health ».

     

    En juillet 2017, les membres du G20 ont également intégré la résistance aux antibiotiques dans leur Déclaration(102),  et ont démontré l’importance de l’approche  « Une seule santé – One Health »  et de l’accès à un diagnostic de qualité pour combattre cette menace.

    Jim-ONeill-final-reportDans son rapport final(10), l’économiste Jim O’Neill a présenté 10 recommandations dans 10 grands domaines afin de rappeler les priorités en matière de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Deux ans après la publication de ce rapport, il a partagé sa vision personnelle(116) des réalisations liées à ces priorités. En particulier, il a souligné que trois de ces recommandations nécessitaient de toute urgence un engagement beaucoup plus fort des parties prenantes, à savoir :

    • "de meilleures incitations pour promouvoir les investissements dans de nouveaux médicaments et améliorer les médicaments existants",
    • "promouvoir le développement et l'utilisation de vaccins et de leurs alternatives",
    • et "promouvoir de nouveaux outils de diagnostic rapides pour réduire l'utilisation inutile d'antibiotiques".

     

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    Le « Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens », que l’OMS a lancé en 2015, devrait accélérer l’adoption et la mise en œuvre de programmes nationaux. Une enquête globale réalisée en 2017 a révélé que plus de 90 % de la population mondiale vit désormais dans des pays disposant d’un plan d’action national de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, et que la plupart de ces pays ont adopté une approche « Une seule santé »(103),(104). La réduction des taux de résistance aux antibiotiques qui a été enregistrée dans certains pays – grâce à des investissements croissants et à la participation de l’industrie agroalimentaire – est encourageante. Mais malgré ces efforts, la bataille mondiale contre la résistance aux antibiotiques n’est pas encore gagnée : les taux de résistance montent en flèche dans la plupart des régions du monde, certaines connaissances scientifiques indispensables manquent encore et la mobilisation sociale reste trop faible. En raison des similarités entre la résistance aux antimicrobiens et le changement climatique, certains experts lancent un appel en faveur de la création d’un « Groupe intergouvernemental d’experts sur la résistance aux antimicrobiens », à l’instar du « Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat » ; cela pourrait être la solution pour instaurer un consensus scientifique et accélérer le processus de prise de décision.(21) La période est propice pour faire évoluer la résistance aux antibiotiques et passer d’un problème technique et médical à une préoccupation politique et sociale.