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  • Résistance aux antibiotiques : un nouveau défi mondial

    Les nouveaux antibiotiques se raréfient

    Les nouveaux antibiotiques se raréfient

    Après s’être focalisé sur le développement de nouveaux antibiotiques pendant des décennies, la recherche sur les antibiotiques a été délaissée : on pensait que les maladies infectieuses avaient été pratiquement éliminées et les priorités en matière de développement des médicaments ont évolué. Avec l’émergence et la rapide propagation des bactéries résistantes, nous nous retrouvons maintenant avec de moins en moins d'antibiotiques efficaces et les responsables politiques essayent de relancer les activités de recherche dans ce secteur.

    En 2013, le syndicat des laboratoires pharmaceutiques américains, Pharmaceutical Research and Manufacturers of America, a demandé à la FDA une approche plus flexible pour la réglementation des nouveaux antibiotiques.(30) Dans l’intervalle, l’Agence européenne des médicaments a allégé ses lignes directrices pour les essais cliniques relatifs aux antibiotiques et la Société américaine sur les maladies infectieuses, Infectious Diseases Society of America, a proposé l’Initiative 10 × 20 qui appelle à développer dix nouveaux antibiotiques systémiques sûrs et efficaces d’ici à 2020.(31)

    Pour prioriser la recherche et le développement de nouveaux antibiotiques, l’OMS a publié une Liste des pathogènes prioritaires. De plus, en collaboration avec Drugs for Neglected Diseases initiative, l’OMS a lancé le Partenariat mondial de recherche et de développement sur les antibiotiques (GARDP), qui soutient les partenariats public-privé dans ce domaine. D'ici à 2023, GARDP ambitionne de proposer jusqu'à quatre nouveaux traitements, grâce à l'amélioration d’antibiotiques existants, ou à la commercialisation facilitée de nouvelles molécules.

    Date de commercialisation de certains antibiotiques et première détection de bactéries résistantes

    Jusqu’à présent, de nouveaux antibiotiques étaient développés pour remplacer les plus anciens qui devenaient inefficaces. Cependant, l’innovation de l’homme ne peut plus devancer les mutations des bactéries. Il y a actuellement une pénurie de nouveaux antibiotiques car de moins en moins de laboratoires pharmaceutiques se lancent dans le développement de médicaments depuis les années 1990.

     

    Afin de contourner les problèmes posés par la résistance aux antibiotiques et la pénurie de nouveaux médicaments, on recherche des manières radicalement différentes de traiter les infections. Au lieu de tuer les bactéries, ces médicaments pourraient par exemple empêcher les bactéries d’être offensives ou de former des « biofilms », ou altérer la « communication » chimique entre elles.

     

    Par ailleurs, la « phagothérapie » fait l’objet d’investigations poussées : cette technique repose sur l’utilisation de bactériophages (des virus pouvant avoir été génétiquement modifiés, ou non) ou d’enzymes de phages afin de détruire les bactéries. Les stratégies basées sur les « probiotiques » – mobilisation, augmentation ou renouvellement de notre flore naturelle avec des bactéries bénéfiques afin de garder les bactéries pathogènes sous contrôle – représentent également une solution envisageable.

     

    La technologie CRISPR consiste à dissimuler un bactériophage dans un probiotique et inciter les bactéries à couper leur propre ADN de façon définitive.  L’utilisation de bactériophages capables de cibler et tuer une seule espèce bactérienne permettrait de laisser intactes les « bonnes » bactéries, par opposition aux traitements antibiotiques à large spectre qui détruisent à la fois les « bonnes » et les « mauvaises » bactéries. A l’avenir, cette technologie pourrait donner lieu au développement de traitements antimicrobiens ultra précis.

     

    Par ailleurs, des solutions innovantes comme la transplantation fécale ont été utilisées pour soigner, avec succès, les infections récidivantes à C. difficile. En outre, des traitements par immunothérapie (utilisation d’anticorps pour bloquer l’infection bactérienne) sont en cours de développement. Toutefois, la plupart de ces techniques n’en sont qu’aux prémices et ne sont pas utilisées en routine.

     

    Une autre démarche intéressante pour limiter la progression de la résistance consiste à identifier plus précocement les patients immunodéprimés afin d’améliorer la prévention des infections dans le cadre d’une approche de « médecine personnalisée ». Par exemple, les patients qui ont souffert de traumatismes ou de brûlures sévères, qui ont subi une chirurgie lourde, ou qui présentent des problèmes médicaux graves ou un sepsis peuvent devenir immunodéprimés pendant des semaines. De plus, un nombre croissant de patients reçoivent des traitements médicaux qui affaiblissent leur système immunitaire (par exemple : chimiothérapie et radiothérapie, corticostéroïdes et autres agents immunosuppresseurs). Ces patients sont plus vulnérables aux infections liées aux soins et nécessitent alors une antibiothérapie, avec le risque de provoquer une résistance aux antibiotiques. Les infections liées aux soins allongent également la durée et les coûts de l’hospitalisation, et augmentent la morbidité et la mortalité. Le développement de biomarqueurs de la réponse immunitaire de l’hôte, à visée diagnostique et pour mesurer l’altération du système immunitaire, permettrait d’identifier les patients à risque d’infection liées aux soins et de mettre en place des mesures pour prévenir ces infections.

     

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